Ballade dans la champagne d’Autrefois

Aujourd’hui d’épernay à la forêt des faux de Verzy en passant par Ay-Champagne, Mutigny, Avenay et Louvois…

 

Imaginez, nous sommes en juin 1901 et comme à l’accoutumée, c’est en Calèche tirée cette fois par deux chevaux, le brave «Bijou» que vous connaissez déjà et «Amour» un robuste cheval blanc qui ne serons pas superflus vu la distance de notre Ballade et les coteaux raides et escarpés que nous devrons emprunter…

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Sept heures sonnent à l’horloge de Notre Dame . Une légère brume comme il y en a souvent en champagne nimbe les contours des maisons et magasins d’Épernay… Mais pas de souci elle annonce une très belle journée ensoleillée

Après avoir charger le panier de victuailles du pic-nique et une paires de bouteilles de notre bon champagne, nous prenons la route en gagnant le nord de l’ex place Louis Philippe, qui depuis 1811, à été rebaptisée «Place de la République» et qui, n’accueille plus le marché à la paille et aux grains, mais les marchands de toiles, étoffes, bonneteries lingeries, chaussures, etc… Là nous pouvons admirer sur notre droite, cet impressionnant Hôtel particulier construit en 1811, tout de pierres et briques, surmonté d’une féerie de mansardes sculptées. Cet édifice donnant sur le n°1 de la place de la République accueille actuellement la Banque de France.

Nous nous engageons alors dans la rue Jean Moët, (ancienne rue du chemin de fer), et passons devant l’impressionnant Hôtel des Postes et télégraphes, en longeant le verdoyant parc de l’hôtel Auban-Möet. Arrivés en vue du futur théâtre (encore en construction) nous bifurquons alors sur la gauche dans la rue du Pont de Marne (rue de Reims) pour atteindre le pont des chemins de Fer de l’est, ligne mise en service depuis septembre 1849 et prendre le pont sur la Marne au bout duquel s’ouvre une bifurcation en Y, avec d’un coté la route de Dizy-Magenta et de l’autre, celles de la Villa et d’Aÿ qui va être notre direction.

 

Jusqu’en 1800 il n’y avait pratiquement rien à cet endroit, qu’une plaine marécageuse fréquemment sujette aux débordements de la Marne. La partie droite, dite «La poterie» ; appartient à la commune de Dizy. et le reste à la commune d’Aÿ… Puis quelques maraîchers, bravant ces inconvénients, y implantèrent des jardins et quelques constructions. Depuis un riche pharmacien à acheter les terrains. les fait remblayer et y fait construire des maisons pour les ouvriers des verreries et de la compagnie des chemins de fer. Déjà le lieu-dit «La poterie», comporte quelques une de ces maisons et les élus de Dizy ont décidé de donner le nom de «Magenta» à ce nouvel hameau.

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Toutes ce explications nous ont permis de traverser une plaine sans grand intérêt et d’atteindre l’entrée du pétillant Bourg d’Aÿ, qui s’étale le long du canal latéral à la Marne,. Ce village aurait été fondée par un certain Ageius ce qui expliquerait pourquoi les habitants s’appellent aujourd’hui les Agéens. Son origine est très lointaine, puisqu’en 344 déjà, les Gallo-romains connaissent Aÿ et la qualité de son vignoble. En fait, on a tout lieu de croire que s’était, à l’origine, une « villa (exploitation agricole gallo-romaine) comme le laisse à penser les termes «Villa qui dicitur Aÿ» dans une bulle papale de 1130.

Fait assez rarissime à l’époque, dès 1312, Aÿ bénéficie du prestigieux privilège d’une charte, octroyée par Louis X (dit Hutin) roi de Navarre et Comte de Champagne, charte confirmée par acte du roi Henri IV en 1607. Ce privilège a permis à la ville une autonomie dans son administration locale jusqu’à la Révolution en 1789. Les habitants d’Aÿ, avaient ainsi le droit d’élire chaque année un maire deux échevins, s’administrant en démocratie directe, n’ayant d’autre seigneur que le roi.

En 1514, François premier roi de France autorisa la fortification du bourg avec tours, murailles, portes et fossés Ces murailles furent démolies fin XVIIIe-début XIXe siècle, les fossés comblés et sur leurs emplacements on établit des boulevards qui, laissent apparaître aujourd’hui, d’une manière certaine la tracé de l’ancienne enceinte. Les pierres des remparts servirent à paver les rues du bourg.
Avant de quitter Aÿ arrêtons nous quelques instants pour admirer cette jolie maison à colombages typiquement champenoise, qui dit-on, était un pressoir appartenant à Henri IV. Ce dernier appréciait énormément le vin d’Aÿ et on lui prête cette phrase célébré :. « Si je n’estois roy de France, je voudrais estre sire d’Aÿ» On dit encore qu’il s’était un jour présenté comme «sire d’Aÿ et de Gonesse» à l’ambassadeur d’Espagne …

Nous prenons maintenant un petit chemin de vignes, escarpé et tout juste carrossable, qui va nous mener à Mutigny, qui tout la haut sur son promontoire semble suspendu entre ciel, vignes et forêt… La cote est difficile à monter, mais quelle récompense en arrivant au sommet…. Partout où le regard se porte, c’est féerique…. Du point de vue situé près d l’église on raconte que l’on peut voir quarante-Cinq clochers des villages environnants et même tout là bas à l’est, les tours de notre Dame de l’Épine. Et partout, à perte de vue cet immense camaïeux de verts formé par les vignes, dont certaines parcelles commencent à être replantées en bois américains. Et là à nos pieds, Aÿ qui semble assoupi le long de son canal, protégé par ses immenses coteaux, plus loin le long ruban scintillant de la Marne et plus loin encore, Épernay blotti au bas de sa montagne… On ne se lasse pas d’un tel paysage et c’est avec un peu de regrets que nous devons reprendre notre chemin.

Nous suivons les rails la nouvelle voie de chemin de fer et déjà nous apercevons le village d ‘Avenay, ancien camp romain (le camp César) entouré de fossés. C’est dans ce village que vers 660, Saint Gombert et Sainte Berthe son épouse, fondèrent l’abbaye Saint-Pierre d’Avenay, qui fut entièrement détruite à la Révolution. Une légende raconte que Sainte Berthe guidée par un ange, serait venue élever la célèbre abbaye. Hélas, l’eau manquant. Sainte Berthe aurait alors acheté une source pour le prix d’une livre d’argent. Et, toujours selon la légende, aurait tracé avec sa crosse abbatiale le lit du futur ruisseau, qui prit le nom de «La livre» à cause du coût payé pour la source.

Nous pouvons également admirer dans ce village une magnifique église. d’architecture gothique datant du 7ème et 12ème siècle,

Nous reprenons ensuite la route de Reims, et après quelques lieues nous trouvons le village de Louvois, surtout connu comme le berceau de la Famille Le Tellier, dont le plus célèbre, Michel Le Tellier, marquis de Louvois, fut ministre d’État de Louis XIV… C’est à la sortie de ce village qu’il fit construire un magnifique château sur des plans de Mansart et des jardins d’une cinquantaine d’hectares qui aurait été dessinés par un élève de Le Nôtre. Ce château entièrement détruit à la Révolution, on lui substitua au XIX siècle le pavillon néo-classique que nous connaissons aujourd’hui et que nous allons contourner pour atteindre notre dernière étape…

Nous prenons alors la petite route de Verzy où, après avoir longé le mur du château, nous entrons sous les ombrages d’une épaisse forêt, que nous allons suivre jusqu’à un petit chemin forestier sur notre droite. Empruntant ce chemin, nous nous enfonçons dans le sous bois, jusqu’à une sorte de clairière où nous rencontrons nos premiers Faux… Ce sont des arbres pas très hauts, (moins de 5 mètres) mais au au troncs très tourmenté et aux racines affleurant le sol comme autant de serpents.qui se seraient rassemblés à leur pieds. Et, dominant ces troncs, des branches qui s’épandent, se partagent, se rejoignent, puis se séparent, s’enlacent pour former des nœuds tortueux, se séparent de nouveaux pour se relier encore… Et ce jeu capricieux de la végétation forme un bien curieux réseau de ramures, surmonté d’un épais feuillage qui forme une sorte d’igloo, impénétrable à la pluie comme aux ardeurs du soleil.

Ce sont des hêtres tortillards, assez spectaculaires qui ont la particularité d’avoir une croissance excessivement lente et une longévité exceptionnelle (certains botanistes parlent de plus de 350 ans). Tout en cheminant sur le chemin, nous nous apercevons que ce site admirable en recèle plusieurs centaines , tous de taille et de forme différentes.

Et bien sûr, comme c’est le cas dans tous les lieux fascinants, une multitude de légendes ou d’explications des plus farfelues aux plus plausibles existent. Ce sont, dit-on, les moines du monastère créé par Saint Basle à cet endroit, qui les auraient multipliés par marcottage et transplantés ici pour faire un véritable «jardin botanique». Une autre légende invoque une punition divine contre les mécréants de Verzy, une autre encore invoque la malédiction proférée par un moine de Saint Basle, d’autres parle d’un météorite qui aurait contaminé le sol… Mais en vérité, aucun scientifiques n’a pu encore déterminer la raison de cette «folie tortueuse» et ce qui est sûr c’est que ce site est d’une rareté absolue.

Une autre légende nous apprend que lors de sa visite avec Charles VII à l’abbaye de St Basle, Jeanne d’Arc serait montée dans un fau pour faire une sieste sur l’une de ces branches, fau qui depuis s’appelle fau de la Demoiselle. D’autres faux ont reçu des noms évocateurs comme le faux parapluie, le faux de la mariée ou de la tête de bœuf….

C’est dans ce site Exceptionnel que nous allons nous restaurer avant de regagner Épernay. Mais auparavant, nous ne manquerons pas de nous rendre de l’autre coté de la route de Verzy où, après avoir cheminé dans un petit sentier de la forêt, nous atteindrons le sommet du Mont Sinaï, point culminant de la montagne de Reims et du département de la Marne. Une vue superbe nous y attend, avec au nord les coteaux valonneux du vignoble de Verzenay surmonté d’un très beau moulin à vent et en face, au delà de son immense plaine, une vue imprenable sur la ville de Reims dominée par sa splendide cathédrale…

Source : Marcel Malette

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