Ballade Champenoise

Ballade dans la champagne d’autrefois

D’Épernay au Mont Aimé en passant par Chouilly, Avize et Vertus …
La promenade que je vous propose aujourd’hui, toujours au temps jadis, va nous faire découvrir de nouveaux lieux. Imaginez, nous sommes au tout début du XXè siècle. Nous attelons «Bijou», (c’est le nom du cheval) à la calèche… Sortant de son écurie, ce dernier n’a pas oublié de passer la tête dans l’encadrement de la porte de la maison familiale pour y «quémander» son petit «sucre», comme il le fait habituellement (anecdote tout à fait authentique)… La cloche de l’église Notre dame sonne ses huit coups, nous indiquant qu’il est l’heure du départ .
Nous nous engageons d’abord dans l’ancienne place Louis Philippe qui, depuis une vingtaine d’années s’appelle place de la République… Au milieu de celle-ci, (dont le fossé qui la traversait a été comblé en 1841), nous pouvons découvrir la nouvelle fontaine surmontée de son lampadaire, installée depuis peu et crachant son eau limpide par ses quatre «bouches», monument que les sparnaciens ont surnommée «les quatre cabarets» par facétie…
Nous entrons alors dans la rue du commerce, jolie voie bordée d’arbres, où quelques négociants en vins de Champagne et en vins mousseux se sont installés. De chaque coté alternent hôtels particuliers somptueux et bâtiments nécessaires à la fabrication et au commerce du fameux vin de champagne que le monde entier nous envie…
Parmi ces demeures cossues, quelques unes attirent plus particulièrement notre regard admiratif. Celle de Monsieur Victor Auban-Moët, construite de 1857 à1858, d’un décor extérieur assez simple, mais bâtie toute en pierres de taille et avec toit et mansardes en ardoises. Des bosquets et massifs de fleurs la prolongent dans lesquels, au travers les grilles, nous pouvons admirer de belles statues et son délicieux petit « Temple de l’Amour»… Un petit chemin la longe sur le coté est, don de Monsieur Pupin, que la municipalité envisage transformer en rue qui rejoindrait celle du Pont (rue de Reims)
En face, se trouve ce grandiose édifice, dit château Gérard, construit pour le banquier, manufacturier du même nom, vers la fin du 19e siècle. Il offre à nos yeux extasiés un superbe un jardin fermé de grilles !
Légèrement plus loin sur le coté gauche se dresse fièrement la demeure de Monsieur Raoul Chandon-Romon, qui dit-on renferme dans ses jardins très fleuris, une splendide orangerie qui se mire dans une vaste pièce d’eau, En face, les bâtiments industriels et commerciaux des caves Moët et Chandon, fermés de haut murs, mais dont l’entrée est formée par une monumentale porte cochère en arc de cercle. …
Plus loin le magnifique château de Monsieur Perrier, de style néo-Louis XIII qui alterne briques et pierreset précédé par une vaste cour, agrémentée d’une très jolie statue qui se dresse devant le château et qui s’intitule :  » Le Veneur « ., bien qu’il s’agisse en fait d’un « piqueur »…
Nous ne nous lassons pas d’admirer toute les constructions qui jalonnent cette rue, entreoupée de parcs et de bosquets. Admirons encore au passage l’hôtel de Monsieur Marcel Gallice, du même style que l’hôtel Auban-Moët, avec le haut des fenêtres en chapeau de gendarme. Celle de Monsieur le Comte de Maigret une des plus grande de la rue, dont le parc composé de massifs fleuris, de pièces d’eau et de taillis est un v havre pour les oiseaux qui s’y ébattent. Sur la droite une petite colline de craie, tirée du creusement des caves Mercier et Pol Roger offre une végétation encore rase et un peu rabougrie alors qu’en face une haute tour qui dominera les celliers d’une autre cave est encore en construction…
Un peu plus loin, sur le Mont Saint Joseph, le château Pékin, racheté récemment par Monsieur Eugène Mercier, pimpant manoir , qui avec ses deux grosses tours de pierres et de briques, voudrait se donner un air un peu médiéval….
Mais tout ce cheminement nous à finalement amener là où la rue du Commerce devient l’ancienne route royale n° 3, qui bordée d’arbre et de petites futaies, chemine jusqu’à notre prochaine étape, le petit village de Chouilly… En passant on peut encore voir, au lieu-dit «la Croix de Bouchers», le petit cimetière israélite,construit là vers 1860. et dont plus vieille tombe date de 1863…
De là, quelques tours de roues nous ont amenés à Chouilly, appelé quelque-fois Chouilly les «Bilots», à cause des troupeaux d’oies qui se «baguenaudent» régulièrement dans sa rue principale…C’est un charmant petit village, arrosé par la rivière Somme-Soude, que les habitant d’ici appellent «les Tarneaux», allez savoir pourquoi ? On peut y admirer, comme posée sur un promontoire, (ancienne butte féodale), une bien jolie église, qui était il y a bien longtemps déjà la chapelle du château qui existait ici au temps passé…
Nous quittons alors la route de Chalons pour prendre sur notre droite un chemin en pente qui va nous mener jusqu’au Bourg d’Avize… Une vue superbe s’offre alors à nos yeux. En face de nous, légèrement sur la droite, une petite montagne que l’on pourrait prendre pour une forteresse à cause du bouquet de sapins qui en couronne la cime. C’est le fameux Mont Bernon qui détache sa noire silhouette sur l’horizon d’un bleu déjà lumineux sous le soleil matinal. Cette colline s ‘appelait peut-être autrefois Brenon du fait qu’elle aurait été primitivement habité par un Brenn (chef guerrier gaulois), C’est tout du moins ce qu’affirmait Monsieur Bertin du Rocheret, ce que nous serions tenté de croire à cause de sa proximité avec Saran., cette colline qui fait suite au Mont Bernon, et qui se dresse majestueusement avec sa croupe hérissé de Chênes. La vrai appellation de ce lieu devrait être Saron, qui en grec signifie chêne, nom qui se rattache au culte druidisme, les saronides ou druides étaient des prêtres gaulois. Cette étymologie porte à croire à une présence gauloise jadis en ces lieux.
A cet endroit on voit se prélasser sur un des étages du versant de Saran un gracieux pavillon, précédé d’un parc où trois pièces d’eau tranchent agréablement sur le vert tendre du gazon. Il s’agit de la maison de campagne de Monsieur Moët-Romon, un des premier négociant en champagne d’Épernay…
A proximité se trouve, le lieu-dit «le tombeau», nom qui rappelle qu’à cet endroit fut retrouvé en 1806 des tombes gallo-romaines contenant de nombreux squelettes et différents objets mortuaires par leur taille plus importante que d’ordinaire, témoignent que ce lieu était peut-être un village Celte assez prospère.
A droite de ce chemin escarpé, les vignes s’étendent à perte de vue, avec ça et là quelques pêchers aux fruits savoureux et où se détachent les jolies couleurs des rosiers très odorants que les vignerons ont plantés devant leurs vignes, avec mission de les prévenir en cas d’oïdium…Car la rose étant plus sensible à cette maladie que la vigne, le vigneron champenois savait que si ses rosiers prenait la maladie, il fallait de suite traiter la vigne pour éviter quelle fut atteinte à son tour..
Mais nous arrivons enfin en haut de cette pente, si éprouvante pour notre «Bijou». Au loin, les villages de Cramant et le bourg d’Avize s’offrent à notre vue. Nous prenons alors un petit chemin tout juste carrossable, qui serpente dans les vignes… Au passage nous nous arrêtons quelques instants près du Menhir de Haute-Borne, vestige du néolithique, qui est classé aux monuments historiques depuis 1889. Cet arrêt nous permet de faire reposer notre bon cheval qui vient de donner un effort assez important Elle me permet également de vous expliquer que c’est à la sortie de ce bourg en direction d’Oger, que fut découvert une caverne sépulcrale artificielle datant de la fin du Néolithique, dans laquelle on retrouva de nombreux ossements humains(notamment des crânes), ainsi de nombreux objets : amulettes en corne de cerf, haches polies, lames de silex, pointes de flèches, ainsi que des éléments de colliers en coquillages… Il n’est pas rare d’ailleurs que les vignerons du coin, en cultivant leurs vignes, y découvrent encore des pointes de flèches… On sait que le site fut également occupé par les Gaulois puis par les Romains qui y établirent un camp d’observation.
Reprenant la route après cette courte halte, nous entrons dans le village d’Avize qui compte quelques hôtels particuliers comme par exemple le château Desbordes construit vers 1890 par Paul Desbordes, membre d’une grande famille de vignerons. . Ce bourg, anciennement médiéval, se trouve encerclé entre à l’est les vignes, découpées en de nombreuses petites propriétés, et des exploitations agricoles à l’ouest, beaucoup plus grandes et situées dans le début de la plaine de la Champagne crayeuse. Nous pouvons y admirer également l’église Saint Nicolas, ancienne abbatiale d’un monastère de bénédictins, dont la nef date du 12ème siècle et contient de somptueux chapiteaux sculptés d’attributs rappelant les vendanges.
Continuant notre chemin, nous contournons Oger par sa droite et le Mesnil sur Oger par sa gauche, pour enfin gagner la route de Vertus où nous arrivons bientôt. Ville très ancienne, elle connut de nombreuses épreuves pendant la Guerre de cent ans Elle est d’ailleurs une des dernières villes à résister devant les Anglais, qui n’hésitent pas à la brûler en 1380… Mais nous ne pouvons qu’être charmés par une magnifique ceinture de promenades ombragées à l’emplacement des anciens remparts, dont la «Porte Baudet», ancienne porte d’entrée dans la ville reste le seul témoin. L’église Saint-Martin, de vertus, d’abord église d’une abbaye de chanoines réguliers, a des parties remontant au XIe siècle et se mire dans les eaux du puits du même nom.. Elle a la particularité d’avoir été construite sur une source qui jaillissait dans sa crypte. On pense qu’elle a dû succéder à un lieu de culte païen.
Nous pourrions bien-sûr nous attarder dans cette ville riche en histoire et qui, comme toutes les localités de cette région, est entièrement tournée vers la vigne et le vin de champagne. Mais il nous faut poursuivre notre promenade si nous voulons arriver au Mont Aimé tout proche maintenant. Pour ce faire nous prenons un chemin qui va d’abord nous mener à Bergère-les-Vertus.. Mais l’histoire de cette commune est tellement liée au Mont Aimé qu’il n’est pas nécessaire de s’y arrêter, bien que nous pouvons admirer au passage la vénérable église dédiée à Saint-Memmie, premier évêque de Châlons. Cette église, comme celle de Vertus, a été construite sur une source et date de la fin du 12ème siècle, mais a été très endommagée lors de la guerre de Cent ans.
C’est après avoir traversé la route de Châlons à Fère Champenoise que nous arrivons enfin au Mont Aimé qui, se détache des vignes qui l’environne pour monter à la conquête d’un ciel nimbé de soleil du haut de ses 240 mètres. Tournant à droite, il nous faut donc grimper un «raidillon» à la déclivité très prononcée pour atteindre son sommet. Nous en ferons une partie en marchant sous l’ombrage des arbres, pour ne pas fatiguer outre mesure notre brave «Bijou», qui depuis Épernay a déjà donné des gros efforts…
C’est donc après un bon quart d’heure de marche que nous arrivons au sommet de ce lieu mythique qui fut occupé depuis les premiers âges du Paléolithique, puis fut ensuite très certainement le siège d’un oppidum gaulois,avant de devenir un relais de signalisation durant l’époque gallo-romaine. C’est aussi un endroit où l’histoire et les légendes s’embringuent tellement qu’il est difficile d’en faire la part des choses.
La première chose que nous voyons, avant même d’arriver au sommet est un petit édifice abritant le fontaine «Saint-Leu» qui date peut-être de la plus haute antiquité et d’où s’échappe encore un mince filet d’eau fraîche. Puis, à son sommet, véritable havre de paix où le calme règne en maître, nous trouvons une large esplanade d’herbe verte, entre bois, clairières et vestiges d’un château-fort, De cette superbe plate forme, aussi loin que les yeux peuvent porter, nous découvrons un panorama magnifique sur la plaine et les villages des alentours,
Le château, aurait été construit en 1210 par, Blanche de Navarre, mère de Thibault IV comte de Champagne et disposait d’un donjon qui devait culminer à 50 mètres environ. Nous découvrons alors dans l’enceinte de ce qui était la cour de ce Château, l’amorce d’un souterrain qui a été exploré sur 50 mètres environ, recherches abandonnées pour causes d’éboulements.
L’histoire nous apprend encore que le Mont Aimé fut également un siège du Catharisme et qu’en 1239, cent quatre vingt trois hommes et femmes, convaincus d’hérésie y furent brûlés vifs devant les grands du royaume et une foule de curieux . Pendant toute la guerre de cent ans, le Mont aimé joua un rôle important, étant à plusieurs reprises la cibles des anglais qui en enviait le Château. C’est le Comte de Salisbury qui parvint à s’en emparer en Mars 1427 après un siège de plus de trois mois. Il ordonna alors la démolition complète de la forteresse. Les murs furent démolis, les fossés comblés et les souterrains remplis. Mais le donjon ne put être détruit, et subsistera jusqu’en 1804, où «miné à la base il s’écroula de lui même dans un grand fracas».
Plus près de nous, en 1815, c’est encore au Mont Aimé que le tsar de Russie, Alexandre 1er, a décidé fêter la déroute de Napoléon. Il arriva avec une armée de 500 000 hommes et 85 000 chevaux qui paradèrent dans la plaine qui s’étend au pied du mont. Ce fut, disent les chroniques de l’époque, une fête grandiose et solennelle, à laquelle avaient été conviés empereurs, rois et princes de toute l’Europe..
A tous ces faits historiques, s’ajoutent de nombreuses légendes, toutes sorties de l’imagination populaire, où il est question de trésors cachés, d’apparitions de Blanche de Castille, qui se rendait au Mont Aimé pour des rendez-vous galants avec Thibaut IV, de souterrains qui relierait le Mont à l’église de Chavot, du trésor ds Templiers, de cité souterraine cachée, etc…
Mais restons dans le réel. Admirons le Mont Aimé pour ce qu’il est, un lieu riche de faits historiques, où il fait bon se promener le dimanche en famille dans la fraîcheur ombragée des futaies et dans l’odeur des plantes et fleurs qui y poussent… Et comme nous arrivons au terme de notre promenade, pourquoi ne pas boire une coupe de notre merveilleux champagne avant de regagner notre belle ville Épernay qui la bas près de la Marne, pétille dans son écrin de vignes…

Laisser un Commentaire

commentaires

Laisser un commentaire