Ballade Champenoise

Chéniers

L’histoire de Chéniers c’est celle du lapin. Celui des livres d’antan, le lapin que les enfants suivaient du doigt pour apprendre leur géographie. Bretagne, Alsace, Bourgogne, d’un saut les provinces défilaient.
Mais lorsqu’il devait traverser la Champagne, notre lapin emportait toujours un peu d’herbe sur son dos. La Champagne pouilleuse étant réputée pour la rareté de ses bienfaits. Et là pour le coup, la Champagne crayeuse on y est. Les deux pieds dedans.
L’horizon à perte de vue et le vent qui cingle le visage. Nous sommes à Chéniers, tout petit village assis sur les vestiges d’une mer de légende. Car oui, mer il y eût ici. Un océan peuplé d’innombrables organismes vivants dont les restes nous sont parvenus à travers les âges. Lentement compactés les cocolithophoridés se sont mués en craie. Une roche stérile, inculte, peu propice à l’installation de l’homme.
Et pourtant ici, à Chéniers, hommes i l y eut et hommes il y a. Tous liés à ce petit bout de campagne par les quelques centimètres de terre arable que l’on trouve à sa surface. Une terre bien pauvre.
Du pouillon, quelques arbustes chétifs. En vérité rien d’assez haut pour découper la plaine. Si, une chose toute fois : une variété d’arbres, comment dire, incongrue. Des chênes pubescents. Originaires du midi de la France, quelques individus ont réussi, Dieu sait comment, à se maintenir ici. Chéniers, le domaine des chênes, source de fierté pour les habitants.
Une fierté précaire, cependant, chétifs ne dépassant que rarement les 1 m 20, ces arbres sont à l’image du reste. Parce qu’en plus de l’humus trop mince, c’est surtout l’eau trop rare qui pose problème et empêche la nature de s’éprendre ici. À Chéniers c’est très profondément qu’il faut puiser. Et encore si une sécheresse se produit sur plusieurs saisons, les puits ne suffisent plus, on va chercher l’eau ailleurs. Ici l’eau ne se livre qu’au compte-goutte.
Ironie, à Soudron, village voisin, elle abonde. Pour autant, à Chéniers on fait avec, du moins sans, et on se console à la vue des chênes.

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