Ballade Champenoise

Chez les Ch’piots, croyez-moi on en a vu passer du monde ! Placé pile-poil sur la route royale de Châlons à Vitry, de Jules César en passant par les envahisseurs de tout poil, bon nombre d’hommes bottés de cuir sont venus à Chepy.
Du coup l’histoire, du moins les traces qu’elle aurait pu laisser, sont maigres. Ce qui n’était qu’une grange, cappa en gallo-romain, fut rasée puis reconstruite inlassablement. Rien, presque rien sur l’histoire du village.
Une chance toutefois pour les habitants : la craie. Une craie dont ils faisaient des murs mais aussi le commerce. Aux portes de la vallée blanche, Chepy a vécu pendant longtemps, grâce à l’or blanc dit-on. Il faut dire qu’il n’y avait qu’à se baisser pour en ramasser.
Moitié carriers, moitié cultivateurs, quelques familles ch’piotes arrondissaient considérablement leur fin de mois par le commerce de la craie. Leurs affaires prenant des airs d’entreprise internationale grâce à l’arrivée du canal de la Marne à la Saône dans les années 1800. Un port fluvial fut même construit. De là les blocs de craie qui séchèrent sous les hangars partaient en péniche, direction Paris.
Du dentifrice jusqu’à la construction, les débouchés étaient innombrables. C’est ainsi que les porte-feuilles se remplissaient au fur et à mesure que la terre se creusait. Mais attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Pas de Crésus ou de grand capitaine d’industrie à Chepy. Non ! Les exploitations apportaient certes un certain confort à leur propriétaire, mais cela restait raisonnable.
Preuve en est : aucun n’a abandonné son exploitation agricole. Une double activité qui non content de modifier leur revenu a modifié également leurs rapports avec les autres villageois. À Chepy, il y avait les blancs, cultivateurs pur source, un brin cramponnés à leurs traditions et à l’ordre en place.
Et puis les rouges, nos fameux intermittents de la carrière, eux, un tantinet révolutionnaires. Les rapports n’étant pas toujours au beau fixe entre les deux groupes. Mais aujourd’hui, toutes ces différences n’existent plus. Les quelques exploitations familiales n’ont pas résisté à l’industrialisation, notamment à Omey. Alors on a rebouché les carrières. Fin de l’or blanc à Chepy.
Chepy, petit village sans histoire mais dont la richesse s’est formée, il y a plusieurs milliers d’années, lorsque la Marne n’était qu’une vaste et profonde mer. Curieux paradoxe !

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