Ballade Champenoise

Aujourd’hui se promener à Clesles ne présente rien de bien extraordinaire. Son nom viendrait de Clusella c’est-à-dire le petit fort en latin. La Seine coulant à quelques kilomètres, au sud, les habitants auraient donc érigé quelques barrières et quelques fossés afin de se protéger des invasions empruntant le cours du fleuve. Mais de tout cela, de nos jours, aucune trace. Cependant à y regarder de plus près, en faisant le tour de l’église, il y a quand même un truc un peu spécial. En effet, l’édifice religieux est “affublé” d’une tour dont la toiture est en forme de dôme comme celle des mosquées orientales. Etrange !
Pour comprendre et percer ce mystère, il faut remonter le temps jusqu’au 12ème siècle. A cette époque Jérusalem, domaine Franc est reprise par les musulmans. Saladin, leur chef règne en maître sur un territoire allant de l’Egypte à l’Irak en passant par la Palestine. Bien décidé à reprendre la ville sainte, les royaumes chrétiens d’occident déclenchent la troisième croisade. A leur tête Richard Cœur de Lion, l’anglais, et Philippe Auguste Roi de France. Bien des jeunes seigneurs les ont accompagnés en quête de richesse, de gloire et d’aventure. Ogier d’Anglure, seigneur de Clesles et de ses environs, en fait partie. Au terme d’un périlleux voyage durant lequel il dut lutter contre les pillards et la maladie, Ogier et l’armée croisée arrivent enfin devant les murs de la citadelle de Saint d’Acre, en Galilée. Un siège long et pénible s’entame. Il est ponctué par quelques offensives plus ou moins hasardeuses. L’histoire veut qu’au cours de l’une de ces charges, Ogier fut capturé et emprisonné par Saladin.
Pour retrouver sa terre natale, son espoir : payer la rançon. Problème : Ogier n’avait pas de monnaie sur lui. Alors il demanda à son géôlier la permission de rentrer sur ses terres pour collecter la somme et ce contre sa seule bonne foi. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, le grand chef lui accorda cette faveur. Ogier s’en est allé donc à Clesles et ses environs.
Malheureusement, même en faisant les fonds de tiroir, le compte n’y était pas. Alors que tout un chacun ne serait jamais allé revoir Saladin pour lui annoncer la nouvelle, Ogier, lui, est revenu. Chez les Anglure, quand on donnait sa parole, c’était sacré. Du coup, devant tant d’honnêteté le souverain éclairé, lui donna sa liberté. Il n’y avait que 3 conditions à cela : tout d’abord que ses descendants prennent désormais le nom de Saladin, qu’un croissant musulman figure sur ses armes, et qu’il construise sur ses terres un édifice religieux musulman. Le pacte fut conclu. C’est pour cela que depuis, à Clesles, il y a une tour musulmane collée à l’église.

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