Ballade Champenoise

Ecury sur Coole

Une écurie sans cheval, une riviére dont le nom reste orphelin : résumé vite brossé du nom d’Ecury sur Coole. Cependant, essayons d’y voir plus clair !

Tout d’abord, le nom de la rivière : la coole. Là, les choses sont simples, rien dans les archives ou pas grand chose. La Coole garde et gardera encore longtemps, la clef de ses origines dans la craie champenoise.

Pour Ecury, ce n’est pas mieux. Ecury ne vient pas du latin esquiêrie c’est-à-dire du lieu où l’on abrite les chevaux, mais de scuria, un terme complètement obscur, dont la signification s’est perdue. Une preuve, de mémoire d’hommes ou d’archives, aucun relais de poste ou élevage de chevaux au village. Rien.

Bref, Ecury sur coole reste et restera, à mon avis, un mystère insoluble pour les spécialistes. Un mystère, tout comme la spécialité du village : le chou. Au siècle dernier, on venait de loin pour chercher le chou d’Ecury. Les alsaciens pour la choucroute, les Auvergnats pour leur potée, ne juraient que par lui. 80 % des terres communales cultivables en étaient plantées. On faisait du chou de père en fils. Alors, pourquoi un tel succès pour ce légume ? Tout d’abord, parce qu’il était bon, le bougre ! Fin, légèrement sucré, toujours tendre, supportant bien la cuisson, idéal pour nos cuisines de terroir.

Digeste en plus de cela ! Tout le monde pouvait manger du chou d’Ecury, même les personnes sensibles des intestins en mangaient par caisse entière. Un chou, un légume, qui a fait pendant longtemps la fortune, du moins le bien-être des habitants. L’or vert d’Ecury partait inonder les provinces françaises, par wagons entiers. On en mettait partout dans les charrettes, dans les paniers. Si on avait pu en mettre dans les poches et dans les landaus, on l’aurait fait. Bref c’était la ruée…

Une autre explication possible de ce véritable engouement, la particularité botanique unique du légume : il ne se développait qu’à Ecury. Impossible ou presque de le faire pousser ailleurs, il ne pommait jamais. Il montait tout de suite en graine, inutilisable en cuisine. Etrange propriété qui a fait beaucoup pour son succès. Les gens étant contraints et forcés de venir à Ecury pour avoir leurs choux, les habitants en ont profité.

Il était pratiquement devenu un symbole national, il a nourri pendant les deux guerres des millions de soldats. Et puis après 45, les habitudes alimentaires ont changé. Le chou n’a plus fait recette et sa production s’est peu à peu étiolée.

A Ecury sur coole, les habitants ont fait autre chose.

Mais il y en aura toujours un peu pour vous, si vous passez par là. Parce qu’une potée, c’est bon mais avec le chou d’Ecury, c’est encore autre chose.

 

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