Ballade Champenoise

Fagniéres

C’ est un village de pionniers. Alors pas dans le sens chercheur d’or ou conquête de l’Ouest. Non c’est beaucoup moins palpitant. En fait il faut savoir qu’à une époque reculée, le grand jeu de l’église catholique était d’implanter un peu n’importe ou des monastéres. Et comme à cette époque la forêt était beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui, pour gagner des territoires, il fallait défricher.

Mais croyez-vous que nos moines auraient relevé leurs manches et empoigné leurs hâches ? Non bien sûr. On a beau avoir fait vœux de pauvreté, charité, chasteté, faut tout de même pas pousser. Du coup ils embauchaient quelques serfs, des paysans pour faire le sale boulot à leur place.

Et c’est ce qui s’est passé à Fagnières. Alors comment sait-on tout ça ? Premièrement grâce à l’origine du nom. En effet Fagnières vient de « facina » c’est-à-dire fagot en latin.

Et oui c’est pas le tout de défricher mais faut pouvoir en vivre. Nos pionniers vendaient sans doute quelques fagots pour arrondir les fins de mois difficiles. Deuxième chose qui nous fait dire que Fagnières est un village de pionniers, c’est son plan de rues.

En effet la commune a été entièrement construite autour d’un axe central qui permettait de pénétrer dans la forêt. Et ce modèle correspond aux villages de pionniers en opposition aux villages construits en rond autour d’un Château. Alors si dès le début les habitants de Fagnières ont été les dindons de la farce, obligés de travailler pour une bande de moines, ça ne s’est pas vraiment arrangé par la suite.

Sa voisine Châlons en a toujours profité. En effet durant les grandes épidémies au Moyen-Âge, les Châlonnais envoyaient systématiquement leurs malades à Notre Dame du reclus qui se trouve sur le territoire de Fagnières au lieudit de la Fontaine. Même chose avec les Protestants. Les partisans de la réforme avaient en effet acheté un bout de terrain à Châlons, en bas de la côte de Troyes, pour y construire un temple.

Un lieu de culte qui ne vit jamais le jour sur le terrain. Le clergé catholique prétextant que les vents dominant d’Ouest auraient permis aux cantiques protestants de couvrir ceux de la paroisse catholique voisine.

Du coup, le temple fut transféré en 1682 à Fagnières.

Aujourd’hui bien sûr les rivalités, les petites guéguerres entre communes ont cessé. Mais jadis, vous avouerez qu’il n’était pas toujours commode d’être un petit fagot à côté d’une grande forêt.

 

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