Le dauphin de France est mort en prison, pendant la Révolution, à l’âge de 10 ans..

En 1795, Paris s’émancipe de la Terreur. A la prison du Temple, le fils de feu Louis XVI meurt dans l’anonymat. Appelé pour l’autopsie, le Dr Pelletan garde une relique de l’enfant.

L’air est léger le matin du 9 juin 1795 dans les rues de Paris. Ce jour-là,le Dr Pelletan a été appelé par le Comité de salut public pour une mission spéciale, intimement liée au destin de la Révolution : autopsier le corps d’un enfant de 10 ans mort la veille, le deuxième fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le petit duc de Normandie.

Le 21 janvier 1793, jour de la décapitation de son père, il est devenu Louis XVII, selon le principe monarchique ancestral. Le roi est mort, vive le roi ! Certes du sang royal, maudit, coulait dans ses veines. Mais sa mort misérable révolte le médecin .

Le Cœur de Louis XVIII
Le Cœur de Louis XVIII

 

Philippe-Jean Pelletan a proposé au plus doué de ses élèves Guillaume Dupuytren  de l’accompagner à la prison du Temple, une faveur ! C’est une mission délicate : il leur revient de dire que le jeune Louis XVII est mort « naturellement » dans cette prison, et non en raison des mauvais traitements qui lui ont été infligés. Pour exempter la Révolution de sa faute. Et montrer que la mort de ce petit roi a été causée par la maladie que ses ancêtres étaient supposés guérir : les écrouelles, une infection de ganglions du cou. Donc que la magie royale a disparu.

Le contact de sa dépouille mortelle peut-il lui porter malheur ? Malgré ses craintes, il poursuit son chemin.

Dans la cellule sombre, les autres médecins sont déjà penchés sur le corps de l’enfant, posé sur une table en bois. En voyant ce corps si maigre, abîmé par les mauvais traitements, recroquevillé, le docteur Pelletan sent son coeur se serrer. L’instant d’après, il fend la dépouille d’un coup de scalpel, sans trop savoir ce qu’il cherche. Il est visible que l’enfant est décédé de tuberculose osseuse. « Tout de même, s’exclame le docteur Lassus à la fin de l’examen, pour un enfant royal, finir ainsi ! Quand je pense qu’autrefois, les reliques des rois étaient embaumées et finissaient dans des tombeaux en marbre et des vases en cristal ! »

Le cœur de Louis XVII
Le cœur de Louis XVII

 

Avant de réparer la poitrine de l’enfant, le docteur Pelletan profite de l’inattention de ses collègues. Rendre justice à l’innocent, empêcher que ce corps, autrefois sacré, disparaisse dans une fosse commune. En un instant, il s’empare de son coeur, l’enveloppe d’un linge et le glisse dans sa poche. Un geste de déférence. Pire, un geste de soumission, peut-être même de servitude, qui peut lui coûter la vie. Revenu chez lui, il plonge la relique dans un vase rempli d’alcool. Dans quelque temps, une fois le liquide évaporé, le petit coeur deviendra une sorte de caillou sec et dur que le docteur glissera dans son tiroir comme un talisman.

Grâce à son vol, l’enfant du Temple pourra être authentifié, en 2000. Son geste a permis de résoudre l’une des plus grandes énigmes de l’Histoire de France.

 

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