Or n’est-il fleur, odeur ni violette, Arbre, églantier, tant ait douceur en lui ….

 

Or n’est-il fleur, odeur ni violette,
Arbre, églantier, tant ait douceur en lui,
Beauté, bonté, ni chose tant parfaite,
Homme, femme, tant soit blanc ni poli,
Crêpé ni blond, fort, appert ni joli,
Sage ni fou, que Nature ait formé,
Qui à son temps ne soit vieil et usé,
Et que la mort à sa fin ne le chasse,
Et si vieil est, qu’il ne soit diffamé :
Vieillesse est fin et jeunesse est en grâce.

La fleur en mai et son odeur délecte
Aux odorants, non pas jour et demi ;
En un moment vient le vent qui la guette ;
Cheoir la fait ou la coupe par mi.
Arbres et gens passent leur temps ainsi :
Riens estable n’a Nature ordonné,
Tout doit mourir ce qui a été né ;
Un pauvre accès de fièvre l’homme efface,
Ou âge vieil, qui est déterminé :
Vieillesse est fin et jeunesse est en grâce.

Pourquoi fait donc dame ni pucelette
Si grand danger de s’amour à ami,
Qui séchera sous le pied comm’ l’herbette ?
C’est grand foleur. Que n’avons-nous merci
L’un de l’autre ? Quand tout sera pourri,
Ceux qui n’aiment et ceux qui ont aimé,
Les refusants seront chétifs clamé,
Et les donnants auront vermeille face,
Et si seront au monde renommé :
Vieillesse est fin et jeunesse est en grâce.

Prince, chacun doit en son jeune aé
Prendre le temps qui lui est destiné.
En l’âge vieil tout le contraire fasse :
Ainsi aura les deux temps en cherté.
Ne fasse nul de s’amour grand fierté :
Vieillesse est fin et jeunesse est en grâce.

 

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